Gabriel Matzneff

Devrais-je présenter Gabriel Matzneff (1936-) comme le dernier plus grand prosateur français ? Pourquoi pas, ce ne serait pas faux. Voilà un écrivain qui a décidé d’être entier, passionné, absolu, vrai, au-delà du bien et du mal. Ses journaux intimes sont une immense mélodie dont les airs connus reviennent sans cesse, toujours plus beaux. Dans ces sociétés humaines aux systèmes toujours plus complexes et souvent médiocres, aux existentiels en teintes grises, Gabriel Matzneff est lumineux, il aime, il aime, il adore, il prie, il transcrit avec superbe ses sentiments au fil de ses journaux intimes.

Rencontre en ligne du 29 janvier 2005 :

Greg Hocfell : 

Gabriel Matzneff, Merci
J’écris maintenant depuis de nombreuses années et vous êtes devenus ma référence lorsque j’ai découvert votre style à travers ce premier livre lu - La prunelle de mes yeux. Désormais, il n’est pas un jour sans que je me réfère au Taureau de Phalaris (pour ne citer qu’un seul de vos ouvrages) où je ne manque jamais de trouver les réponses à mes interrogations, à mes angoisses, à mes joies. Ainsi, avant de poser ma question je tenais à vous dire "merci", "merci" pour tout ce que vous apportez à nous, lecteurs ; sitôt l’un de vos textes lu, j’ai envie d’aller chercher le soleil à l’autre bout du monde.
Voici mes questions : (sur)vivez-vous uniquement grâce à vos droits d’auteur, ou/et par d’autres moyens ? Le suicide est-il toujours une obsession quotidienne ? Vivez-vous toujours dans une camisole de flammes et dans un galop d’enfer encore aujourd’hui ?

Grégory

Réponse de Gabriel Matzneff :
Je vis de ma plume, c’est-à-dire de mes droits d’auteur. Naguère, je mettais du beurre dans les épinards en donnant des articles aux journaux, mais voilà plusieurs années que la presse française m’a fermé ses portes et mes livres sont dorénavant mon unique gagne-pain. Dans les périodes spécialement difficiles je reçois une aide du ministère de la Culture. J’aimerais ajouter que je suis entretenu par une jeune milliardaire américaine, mais ce serait inexact. Pourtant cela me plairait bien. Si je n’étais pas écrivain, je serais gigolo. Pour un gentilhomme, c’est le plus beau des métiers.

Le suicide n’est pas et ne doit pas être une obsession. C’est l’amour de la vie qui doit nous obséder, non la mort. Mes livres font aimer la vie, non la mort. Le suicide ? Il n’est qu’une issue de secours à n’utiliser qu’en dernier ressort. Grâce à Dieu, il y a toujours quelque chose de plus urgent à faire que se suicider : des câlins avec l’être qu’on aime, vider une bonne bouteille avec des copains, prendre un bain de soleil, se promener au hasard des rues de Paris, de Venise ou de Manille, piquer un roupillon, écouter un disque de Roberto Murolo, voir un film de Billy Wilder, lire un roman de Thomas Mann, aller à l’aéroport le plus proche et sauter dans un avion, je laisse à chacun de vous le soin de compléter cette liste. La camisole de flammes ? C’était les années de l’adolescence, les années noires entre ma dix-septième et ma vingtième année, c’est fini depuis longtemps. Quant au galop d’enfer, je vous prie de m’excuser, je ne réponds pas aux questions qui touchent ma vie amoureuse.

http://www.matzneff.com/rencontres.php?une_rencontre=2005

Date de dernière mise à jour : 19/10/2011