Il était une dernière fois, les petites histoires...

 

 

Cet immeuble qui tuait :


Je vivais à Nantes, dans un petit appartement dont le loyer, à l'époque, n'était pas si excessif au regard de son emplacement, pas loin du centre-ville. Comme je passais souvent devant un immeuble aux fenêtres murées, en revenant régulièrement de mes emplettes, je me suis dit : et si un jour tu entendais quelqu'un t'appeler de l'intérieur, ça te ferait drôle, non ?... L'idée d'un personnage simple qui part promener son clébard m'est venue le soir même et je crois avoir écrit cette histoire presque d'une seule traite.

De gitane en sorcière :


Je travaillais en intérim, la boîte m'appelait quand ça la chantait pour me proposer des missions aussi fatigantes qu'ingrates (le propre de ces marchands de viandes, me direz-vous), et j'ai fini par traîner mes guêtres dans un organisme de formation en tant qu'agent d'entretien où des adolescents suivaient des apprentissages pour travailler dans le bâtiment. Il y a un peu de moi dans Mathias Lehuet, si ce n'est que le père Mathias était embauché à plein temps et pour une période indéterminée, pas moi ! Mais bon, un écrivain doit bien manger... Je me souviens avoir commencé à taper les premiers mots de cette histoire sur ma machine à écrire, celle de mon grand-père, toujours en parfait état de marche, question longévité les ordinateurs peuvent aller se recoucher. C'est une histoire étrange, immersive pour celui qui l'a écrite, je ne pouvais m'empêcher de voir des plans à la Kubrick épingler les personnages qui crapahutent autour du "héros", entre guillemets. Je n'ai fait qu'improviser durant la rédaction, pas de plan (ce qui est la plupart du temps ainsi) et encore moins un quelconque scénario, je me suis laisser entraîner, et le résultat m'a surpris, un auteur qui se surprend est généralement très bon signe car le lecteur sera peut-être également surpris. Cela dit, je ne suis pas pleinement satisfait de cette histoire. Elle me laisse un sentiment d'inachevé. Pas impossible que je la rebosse en des temps futurs.

L'enfer sous la peau :


Celle-là me plait bien, elle commence plutôt calmement puis l'angoisse et le délire s'installent, elle n'est pas aérée de dialogues, les retours à la ligne sont plutôt rares, je suis plutôt fier de la chute, de la façon dont sont dépeintes toutes ces apparitions abominables. Lorsque je l'ai racontée à ma Première Lectrice (elle se reconnaîtra, cette charmante jeune personne), sa réaction a été d'emblée très positive, ce qui me laisse croire que cette histoire est assez réussie. (Ecrite aussi sur la machine à écrire ; taper sur de vieilles touches est un plaisir !)

The door :


Dans le parcours plutôt chaotique de ma vie professionnelle, j'entends : celui que je suis pour subvenir à mes besoins, les "1001 boulots", dans ce parcours, donc, j'ai trouvé le moyen de faire une formation de peintre en bâtiment, et j'ai appris beaucoup sur ce métier pas facile. A force d'aller sur quelques chantiers, de voir différentes maisons, la tronche de pas mal de clients et un aperçu de leur vie chaque fois, j'ai imaginé un peintre, assez tourmenté à la base, livré à ses brosses et à ses pigments dans une maison qui commuerait les souvenirs de l'artisan en hantise mortelle... Je crois que c'est l'une des histoires les plus retravaillées, hum hum, ce que je veux dire par là : c'est que j'ai dû sortir un nombre incalculable d'outils pour essayer de garder une plume nerveuse sans assécher le style, que l'on entende ma gouaille autrement dit ! En tout cas, à la relire, les images s'enchainent bien, la tension va croissante. Enfin, je pense.

L'étrangère :


C'est la plus courte, elle est efficace cependant. L'idée c'était de laisser entendre au lecteur qu'on commençait à lui parler d'une femme, isolée dans une usine, qui allait se mettre à révéler peu à peu sa vie au milieu de ces hommes plutôt bourrus. Et puis, à un moment, ça cloche : elle est petite, mais quand même !, là elle est vraiment minuscule, et de ses huit yeux elle voit le monde à sa façon, sachant qu'elle vient de Chine et que... Ouh la ! Le lecteur sourcille d'étonnement et découvre soudain l'identité de cette redoutable petite prédatrice...

Benny :


Geek, un mot dont j'ai toujours du mal à comprendre la signification. Ouais, un passionné en somme, un fan. Le type qui lit trop et qui vit dans son monde, qui joue aux jeux vidéos jusqu'à des heures indues, qui se fait cravater par le caïd de la classe pour être ridiculisé devant les filles, oui on a tous notre geek dans la tête alors... Avec le recul, je me suis aperçu que j'en connaissais un, et un beau !, dans une boîte de merde où je me suis perdu quelques temps. Très sympathique au demeurant, très intelligent, le geek était roulé dans la farine, reformaté selon les normes sectaires de la boîte, et je pense qu'il a de fortes chances de ne jamais se réveiller et de finir esclave... Et là, je me suis dit : imagine un jour il se réveille justement, et il prend les choses en main, fini le béni-oui-oui... Ce pourrait faire très mal, ce pourrait faire un malheur, et je ne le souhaite pas pour ses collègues. Benny raconte cette hypothèse...

(Offline) :


Une jeune amie m'inspire beaucoup, je lui dois cette histoire, parce qu'elle m'a inquiété parfois, me donnant l'impression qu'elle allait choisir de mettre un terme à son existence. Les applications informatiques pour pouvoir discuter de façon « instantanée », ne sont plus à présenter. Les jeunes s'isolent, pour certains, de plus en plus, et ne font plus que "communiquer" de cette façon, via leur téléphone ultra sophistiqué ou leur tablette ou leur ordinateur portable ; bref, (pour certains toujours) ils tuent sur les jeux en réseau, des heures durant, ils crient leur haine ou leur amour, mais de plus en plus "à distance", d'un moniteur à l'autre. L'histoire d'un Charles découvrant avec effroi que sa petite amie décédée revient lui parler via une application de discussions instantanées, est venue du fait que, à l'heure où internet n'existait pas, l'auteur de thriller faisait sonner le téléphone dans la maison d'une personne en deuil, et faisait parler son cher disparu par le biais de la magie des télécommunications, les temps ont changé : et même les ordinateurs peuvent se retrouver hantés, les voies des morts peuvent tout pénétrer.

Il était une dernière fois :


Une certaine Mylène Farmer, dont l'univers m'a beaucoup inspiré, voire même donné envie d'écrire, a dans son répertoire une chanson, des plus récentes, qui est passée dans ma voiture, alors que je rentrais chez moi. Ce n'est peut-être pas l'une de ses plus grandes, et loin d'être l'une de mes préférées, mais elle a suscité en moi la projection d'une sorte de clip vidéo, dans la veine de ce qu'elle a pu faire dans les temps passés (et je souligne ce dernier mot), et d'entrée de jeu une petite fille, prison- nière d'un château, sous le joug d'une mère partie "chas- ser", et qui rêvait de sortir enfin durant le jour, s'est im- posée à moi ; je me suis mis à écrire les premières lignes, je vibrais, je tournais un film, c'était parti ! On a écrit tant d'histoires de vampires de nos jours que je n'allais pas m'y mettre moi aussi, je veux dire : bien faire com- prendre dès les premiers mots qu'il s'agissait d'une his- toire de vampires. Il fallait laisser deviner le sujet, de fa- çon progressive, j'aime beaucoup cette histoire, je vois bien le château, les murs, je crois sentir l'odeur des vieilles fringues sur les enfants immortels. Et puis le titre m'a tellement emballé que je l'ai choisi pour couronner ce recueil de nouvelles. L'histoire la plus émouvante du lot ?