
Comme les soirs où j'ai besoin de me purifier, je suis entré dans la forêt, derrière le château, tous les arbres étaient dénudés, il n'y avait pas de ténèbres malgré la nuit, seulement une floraison de sang sous la voûte de cette cathédrale sans commune mesure. Mon Ange est parti. Subitement. Pour la première fois. Sans prévenir. - Puisque tu veux sonder les Ténèbres, va ! plonge ! Tu es déjà assez chargé comme cela ! Tu seras seul à Le rencontrer ! Nous ne pouvons être devant Lui, Il a chuté plutôt que de continuer à adorer ! J'ai poursuivi ce que je croyais être une promenade. "Le brouillard vient te chercher", m'a-t-on dit soudain, ce n'était pas la voix de mon Ange, ce n'était pas une plaisanterie, "De quel SIDA vas-tu mourir ce soir ?", je n'avais pas peur, je ressentais une présence comme jamais je n'ai ressenti, si la Connaissance a une sensation, c'était celle-ci. "Je suis de mensonges, tous les mensonges que les hommes ont glissé vers moi, je suis de toutes les interprétations, je suis les sens, je suis le régisseur de votre plan vibratoire, je suis l'organe, je n'ai pas besoin de pénétrer dans un corps pour le faire s'animer de ma voix, je suis la décision, la colère, le tourment, je suis disponible, je suis capable de lumière dans l'effondrement, tu peux voir en cette forêt comme en plein jour, je n'ai jamais aimé les ténèbres, je ne viens que sous les grandes lumières, de quel SIDA vas-tu mourir ce soir ?, Que négocie-t-on dans la venelle ?, Aimerais-tu que la main d'un mort sorte de l'humus pour te saisir la cheville ?", Il était là, c'était bel et bien Lui, jamais je n'aurais cru cela possible, je dirais presque "Que m'importe de mourir maintenant", mais je n'ai pas le droit de dire cela, "Je suis sur les seuils, j'attends à passer celui qui doit passer, aimerais-tu que la main d'un mort, aimerais-tu, le tourment, la colère, je suis la sensation, je suis le sens, l'organe"... J'ai commencé à sentir les larmes monter et perler sur le bord de mes paupières, j'ai saigné du nez, j'étais seul, absolument, première fois que mon Ange me quitte, j'ai appelé mon père, j'ai appelé Dieu Tout Puissant, "Si jamais une seule larme perle, j'aurais eu raison de t'induire"... "Sur le seuil j'attends celui qui doit passer, de quel SIDA, la main d'un mort, une seule larme à perler..." Je me sentais abandonné devant quelqu'un devant lequel je ne pouvais que continuer, continuer à piétiner les feuilles détrempées, "Fais craquer les branches, les Tourmentés te sauront là, que négocie-t-on dans la venelle ?, SIDA, morts, tu poursuis ton destin"... J'ai recommencé à appeler mon père, mon Ange, je ne pouvais pas croire que l'on me laissât ainsi, j'ai pris mon porte-clef fétiche dans ma poche et j'ai commencé à le serrer jusqu'à ne plus sentir mes doigts, un type marchait derrière moi, très vieux, il pleurait, "Le brouillard vient t'chercher ! Espèce de salope !", j'ai vu une autre silhouette devant moi, un chien assis, blanc, qui semblait hésiter à bondir, et j'étais sûr que ce ne serait pas vers moi. Je me suis immobilisé, j'ai regardé les cimes, "Le ciel repose sur cent fissures", L'ai-je entendu rire doucement. Je suis enfin sorti sur la clairière, devant le château, le chien blanc était près du préau, tout en haut, près du château, assis, serein, "Maintenant rentre chez toi !" a fait une voix. Celle de mon Ange.
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